Je suis partie à seize ans.
C'est pas facile la vie à seize ans, sans maman. C'est pas facile la vie à seize ans quand on te ment. C'est pas facile, ça laisse des cicatrices mais on vit avec. On avance tant bien que mal, en boitant s'il le faut. On ne s'arrête pas. On remplit ces journées avec tout ce qu'on peut. On ne se laisse pas le temps de vivre, pas le temps de réfléchir. On s'retrouve éreintée en fin d'journée. Incapable de penser, capable d'oublier. Et ça satisfait, ça convient, mais jusqu'à un certain point. Quand la fatigue s'accumule, et que les occupations ne sont plus assez aveuglantes, on se retrouve face aux souvenirs encore trop présents. Encore trop brûlants. On s'y brûle les doigts à vouloir les éteindre. On s'épuise à vouloir les chasser. Tout est remis en question. Faut-il continuer à vivre les yeux fermés, les oreilles bouchées et avancer en tâtonnant? Ou faut-il se réveiller, prendre ses responsabilités, assumer ses paroles et ses actes? Il faut prendre une décision. Changer de direction. Changer de carte et de boussole. Se perdre ou se retrouver. Avancer les idées claires. Avec de l'aide ou sans. Et surtout, essayer d'être heureuse. Enfin.
